Mercredi 24 juin 2009
Il y a presque deux ans, je rappelais dans un article ici même que le Népal était l’un des pays qui avait le plus fort taux d’alphabétisation dans les années 80. C’est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde.
 Ne soyons pas manichéens et approfondissons la réflexion dans le domaine de l’environnement, du vert et de son rapport avec l’éducation telle qu’elle est conçue dans la majorité des pays occidentaux à l’exception de ceux qui essayent autres choses.

Beaucoup de choses qui découlent de nous (actes, intentions, pensé
es, indignement, etc…) dépendent de notre éducation. Une autre façon de le dire est que, les limites que nous nous imposons sont le résultat d’une pensée construite par notre éducation dont la seule partie visible est l’acte final que nous posons ; Appliqué dans le domaine de la vie urbaine, pour se rapprocher du sujet qui nous intéresse, une façon de concevoir la protection de la planète ; Certains en font un devoir, d’autres un principe, et d’autres encore une nécessité. Certains même un spectacle (suivez mon regard). Si dans les écoles maternelles aujourd’hui, on intègre la notion de développement durable, les prochaines générations considéreront cette chose comme acquise et comme normale.
Mais l’un des défauts de l’éducation est aussi la tendance
à la banalisation. Un commentaire me demandait à juste titre si l’absence d’éducation était possible. Je lui aurais volontiers répondu non, si l’on mettait les mêmes mots dans le même mot.

Permettez-moi un détour et observons depuis un siècle l’éducation des jeunes générations en ce qui concerne la guerre et ses conséquences. Pas un seul livre d’histoire n’omet de la mentionner, mais la guerre, ou plutôt le déchaînement de passions sous l’une de ses formes extrêmes n’a jamais été aussi proche et aussi présent. Je relisais il y a quelques jours, une correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud dont le titre était « Pourquoi la Guerre ? ». Le physicien en des mots simples interpelle le psychanalyste sur les causes psychiques de violence entre les hommes, et lui demande quels sont les solutions qu’on peut apporter à une forme de conflagration toujours latente. Après un développement Freudien très théorique sur les causes, ce dernier a aussi envisagé dans la dernière partie l’éducation comme remède universelle à l’anéantissement de l’espèce, mais à une nuance près. Le mot éducation n’est jamais prononcé, et il a recours à un de ces beaux mots dont Edouard Herriot disait que c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié : la culture.

Après ce détour, je reviens à l’énergie, à l’environnement, à l’oxymore de développement durable et à l’éducation. La conception de l’environnement est différente selon que l’on se place dans un champ disciplinaire ou un autre. Les mathématiciens, adeptes de la théorie du contrôle optimal élabore des modèles censés maitriser un niveau de pollution, les ingénieurs, pas loin des premiers y ajoutent le composant recyclage, et etc... selon la discipline scientifique. Mais comme je l’expliquais à propos de l’entropie ou plutôt comme Nicolas Georgescu Roegen l'expliquait, le recyclage a un coût. Pour le consommateur, et pour l’environnement. Il n’est pas neutre contrairement à ce que les spécialistes essayent de faire croire. Cette attitude justement nie l’éducation. Car dans l’éducation à l’environnement propagandiste, tout le monde parle de recyclage, et tout le monde en jetant des bouteilles en plastique dans la bonne poubelle à l’impression de contribuer à la pérennité environnementale. Ceci légitime alors l’appareil productif qui ayant la masse « éduquée » de son côté renonce à une réflexion sur lui-même. Et comme il n’est avéré nulle part (j’entends par là, études scientifiques), que l’extinction de la planète est imminente, on peut continuer à pavoiser en traitant les Nostradamus de malheur de fétichistes. Personne ne veut croire à une possible extinction de la vie. Les tenants de l’éducation ne l’abordent pas sous cet angle. Pas du tout ; et cette non remise en question me fait penser à cette jolie phrase de La Pallice : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie ». J’espère que nous n’aurons pas à le dire pour la Terre, enfin, nous ne pourrons pas.

  L’éducation à l’environnement envisagée comme l’est aujourd’hui l’école, c'est-à-dire une succession d’étapes à franchir plus ou moins difficiles les unes des autres, mais le tout dans une invariance démagogique, pardon pédagogique qui est de croire en deux postulats :
1 – Plus on avance, plus on sait des choses et plus on est intelligent
2 – C’est entre les murs d’une université ou d’un centre de recherche que sortent les solutions pour les problèmes du genre humain.
 Deux hérésies qui s’entretiennent entre elles et qui colonisent l’imaginaire de milliers de personnes. Et cela conduit généralement à deux types de réactions :
Soit une antipathie parfois justifiée envers les produits de l'éducation
Soit une consommation (oui, je parle bine de consommation) de l’école, de ses vertus et de ses vices (à peu près égaux en quantité). Je ne suis pas un vieux réactionnaire comme certains n’hésitent pas à me le mentionner dans des mails pour deux raisons :
 1 – je ne suis pas vieux.
2 – je ne sais pas exactement ce que veut dire réactionnaire. Si être réactionnaire signifie ne pas accepter toutes les formes de progrès, alors, j’en suis un qui s’assume. Un progrès est censé apporté un bien être, comme l’électricité, comme la voiture pour le déplacement, mais il faudrait aussi accepter l’idée qu’au-delà d’un certain seuil, l’électricité devient nuisible (l’illumination de la Tour Eiffel de nuit), la voiture fait perdre du temps (comme pendant les embouteillages dans les grandes villes). La notion de progrès est ancrée dans le genre humain avec une forme de Lamarckisme exponentiel. Mais on ne peut pas sommer les progrès. Un progrès plus un autre ne donne pas nécéssairement deux progrès. Et parfois même, l'un est la contraposée de l'autre. Je prends pour exemple le développement du téléphone portable et le nombre de cancers.  Personne ne veut envisager l'augmentation du nombre de cancers comme un signe de développement, et pourtant si. Je vous laisse chercher les raisons proches de vous.
L’éducation à l’environnement consiste donc à dériver de ce concept la notion de culture de l’environnement comme le voulait Freud pour la  culture de la non violence. Les guerres qui ornent les livres d’Histoire sont censées contribuer à l’éducation contre la guerre, mais ne produisent pas les effets escomptés. J'aurais même tendance à dire le contraire pour provoquer quelques biens pensants. L’homme est toujours aussi violent.
Il en sera de même pour l’environnement ; aucun concept d’éducation ne peut s’y arrimer. Par contre, l’envisager comme culture serait beaucoup moins improductif.

Culture comment ? Culture comme chose de l’esprit, et non pas comme le dessin, la musique ou le théâtre.
Chose de l’esprit comment ? Chose de l’esprit comme l’entendait Paul Valery, c'est-à-dire une chose qui émerge de l’homme non pas comme on a essayé de lui faire comprendre, mais plutôt comme une question qu’il s’est posée un jour et dont il n’a pu obtenir réponse sans avoir eu à recourir à sa liberté de douter de ce qui est douteux et de ne point rejeter ce qui ne l’était pas.

Sinon, on y va tous comme à un pèlerinage, avec beaucoup d’espoir et très peu de convictions.

Guibert J Tchinde,
24 Juin 2009
Par GJT - Publié dans : Philéï Sophia
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