Mardi 9 juin 2009
Il y a quelques années, quatre ans, plutôt cinq, voir beaucoup plus, mon attention a été attirée par des thèses hérétiques. Des choses différentes que l’on n’enseigne pas, ou très peu dans les universités et que très peu de chercheurs dans les domaines variés de l’économie, de la physique et de la biologie évolutionniste connaissent. C’était pourtant une question fondamentale de bon sens. « Comment peut-on imaginer la croissance sur une terre aux ressources finies ? »
Cette question m’est apparue avec la découverte de nombreux auteurs dont les plus importants sont sans doute, Ivan Illich (dont j’ai longuement développé les thèses ici même) Nicolas Georgescu Roegen (le mathématicien et statisticien, qui fut le premier à approcher l’économie dans une conception entropique, inspirée par les travaux de Carnot et des physiciens de son époque), Serge Latouche, et un peu Bernard maris qui reprenait de tous les autres jusque très récemment jusqu'à son envolée libérale à Charlie Hebdo. Mais aux dernières nouvelles, il revient à ses premiers amours (voir l'article sur Marianne 2).
Cette question refait surface après les élections européennes où les verts ont fait une forte poussée dans les instanceseuropéennes. Je me suis demandé en quoi cette écologie à la Dany pouvait être une solution aux problèmes du changement climatique.

Bref rappel historique.
Le mythe économique moderne repose sur le principe simple de la production et de la redistribution. Lorsque la pauvreté se fait ressentir, l’imaginaire commun privilégie une augmentation de la production, car depuis la fin de la deuxième guerre, il est communément admis que le PIB ou PNB mesure le degré de développement d’un pays. La croissance est donc devenue la panacée à toutes les crises. Prenant même parfois les allures de messie lorsqu’elle est au rendez-vous. Et pourtant, l'illusion de l'idéologie de l'industrialisation, qui repose sur la vision mécaniste du monde (le paradigme de la science newtonienne), provient essentiellement de son ignorance (ou de son refoulement) de la « révolution Carnotienne » et de la découverte de l'entropie. En 1972, le rapport Meadows du club de Rome mettait déjà en garde contre la croissance avec un titre évocateur : "Halte à la croissance ". Si cet opus reçut un avis favorable du public c’est peut être dû à sa rédaction simpliste privillégiant les grandes formules, sans mathématisation et sans beaucoup de technicité. Mais, c’est à peu près à la même période que l’économie devenait plus que jamais mathématique.

L’écologie politique de l’époque telle que formulée par Renée Dumont, René Passet avait l’adhésion de certains milieux intellectuels de gauche en France. Sur l’échiquier politique français, elle a très vite été cataloguée comme une mouvance d’extrême gauche. C’est de ces milieux d’une certaine façon qu’est issu Dany Cohn-Bendit.
Aujourd’hui, sur les termes développement durable, croissance soutenable, qui sont des profonds oxymores au même titre que meilleure santé, meilleur savoir, tout le monde s’accorde, ou plutôt se résigne, le plus souvent par acquis de conscience ou encore par émotion après les films à la Yann Arthus Bertrand. Mais qu’en est t-il réellement de la terre ?

L’entropie.
La seule chose que la technique moderne a oublié de prendre en compte dans la modélisation des systèmes complexes a été la loi de l’entropie, ou le deuxième principe de la thermodynamique tel que formulé par les physiciens. Et c’est contre cet oubli que les hérétiques de tout bord se sont longtemps battus. Aujourd’hui, dans tous les foyers occidentaux, on parle de recyclage de déchets au moins une fois par jour. On parle de consommer bio, on n’évite d’acheter les tomates qui viennent d’Espagne, mais on achète les mangues du Chili. Les produits dans les salles de bain ont tous un label bio, ou mieux, ils ont un emballage vert. Mais,gérer le recyclage signifie gérer la sortie. Imaginons un instant une boite de nuit dont le videur ne connait pas exactement la capacité et laisse entrer du monde au fur et à mesure qu’ils arrivent, se contentant d’attendre la sortie et de les orienter pour éviter l’embouteillage. Vous imaginez qu’il soit très vite débordé si les gens sont pressés de sortir (notion de vitesse), ou encore qu’il se fatigue assez rapidement s’il ne sait pas gérer lui-même ses efforts (cela suppose de connaître le nombre de personnes à l’intérieur). Cette image est à peu près l’image du monde d’aujourd’hui, qui oublie la loi de l’entropie et se contente du rôle de gestionnaire. Les matières premières minérales (formées et accumulées dans la longue évolution géologique et biogéochimique de la croûte terrestre) qui sont accessibles à l'ingéniosité humaine constituent non seulement un patrimoine commun (à toute l'espèce humaine) dont la quantité totale est limitée (même si les limites sont difficiles à évaluer) mais encore et surtout un stock de basse entropie qui - malgré les améliorations du système technique de production, le recyclage et la lutte contre le gaspillage - s'épuise inexorablement. Les générations futures seront confrontées à cette raréfaction des ressources naturelles que nient purement et simplement de nombreux scientifiques à l’instar de Claude Allègre. Souvenons nous de cet homme, Nicolas Georgescu-Roegen qui dans sa thèse stipule que le recyclage n’est pas impossible ou inutile, ni que les progrès des sciences et de l'ingénierie nous soient d'aucune aide, mais simplement qu'aucune technologie ne réussira à éliminer totalement les aspects entropiques de l'extraction, de la transformation et de l'utilisation des matières premières minérales nécessaires au mode de production industriel. Très peu de personnes sont prêtes à sacrifier leur mode de vie consumériste au profit du mieux vivre ailleurs. Imaginez un seul instant que tous les individus de la planète avait le niveau de vie d’un occidental moyen.
Il y a des vérités que l’on ne rappelle pas assez comme celle-ci, toute simple : L’occident représente 20% de la population mondiale et consomme 80% de ses ressources.
Tant que l’on n’arrive pas à comprendre que Energie rime avec Equité, on n’aura beau sortir notre porte monnaie devant une affiche de MSF ou d’Action contre la Faim, mis à part se dédouaner la conscience afin de dormir tranquille, on ne fait rien, ou pire on retarde l’échéance du chaos. Ceux qui vivent dans les grandes villes comprennent très bien ce que peut vouloir dire une limite. Ils peuvent aussi comprendre ce
que peut vouloir dire la simplicité volontaire. Pourquoi une orientation différente est nécessaire et pourquoi le paradigme de la croissance est une hérésie. Dans les grandes villes, la vie est impossible.
La densité au mètre carré est impressionnante. Les transports en commun sont désagréables et le mode de consommation basé sur le toujours plus, répugnant. L’architecture est moche, l’urbanisme se fait sans aucun projet, et le plaisir de la vitesse a remplacé celui que peut procurer une voiture. L’industrie automobile meurt, et faire croire un seul instant qu’elle peut être sauvée est au mieux un mensonge au pire un crime. Les capitales, ici comme dans le Sud sont surpeuplées.

Alors comment on fait me diriez vous ? C’est l’objet du prochain article où j’articulerai à l’aide de quelques penseurs iconoclastes, souvent inconnus du grand public ce que je pense être important comme actions concrètes. Mais avant de revenir lire méditez à cette phrase que l’on doit à Nicolas Georgescu Roegen :


 "Il y a une limite à ce que nous pouvons faire avec les nombres, et il y en a une que nous pouvons faire sans eux ».

GjT, Juin 2009
Par GJT - Publié dans : Economie -- Société
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Commentaires

Article très intéressant, ô combien réaliste.
Qd comprendrons nous que cette 'croissance' a forcément des limites?

Sinon, j'aime bien le cadre ^^
Commentaire n°1 posté par Julien le 01/07/2009 à 10h15
: Quelle veine tu as où t'es....
Quand je pense que je prends le métro chaque jour, et à huit heures du matin, nous sommes compressés comme des sardines se faisant tous la gueule...
Vivement que je me fasse virer
Réponse de GJT le 01/07/2009 à 19h16
Je pense que la croissance de l'égoïsme est sans borne, et nous oublions qu'après nous il n'y a pas le déluge, mais d'autres générations, mais continuons comme cela, et après nous, il y aura le déluge, une compétition pour la survie (immigration nous en donne un aperçu).
Donc, même si c'est contraignant, l'objectif futur devrait tenir en deux mots: RESPECT des hommes et de la planète, et PARTYAGE de l'économie et des ressources.
Commentaire n°2 posté par JP.Rougier le 10/06/2009 à 10h33
L'égoïsme n'est pas génétique. Elle fait partie des tares que l'on prend dans le monde vivant que l'on trouve. On est vertueux quand on nait dans un environnement vertueux. Un enfant qui nait dans une zone de conflit a une certaine idée de la violence. Un autre qui nait dans une famille conviviale a une certaine idée de la convivialité.
Le partage et le respect ? OUI. Mais aucun cours d'aucune école ne peut apprendre çà.
Réponse de GJT le 11/06/2009 à 00h06
Je reviendrais lire les solutions.
Pour la critique, c'est fait
Commentaire n°3 posté par Nulle part le 09/06/2009 à 21h13
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