Dimanche 7 juin 2009
Elle avait quelque chose d'immoral.

Elle était là, assise face à moi, le regard dans le vide, les yeux en amandes, couleur soleil.
Elle aurait fait fondre l'homme le plus fidèle, elle avait un charme que l'on ne  retrouvait que dans la description de l'amour  chez Appolinaire, chez Rimbaud et quelques autres,    Je n'ose pas m'avancer, je recule, je redoute.

L'étape d'après est  suicidaire. Elle ne souriait pas, elle n'en avait pas envie, je ne méritais peut être pas un sourire. j'ai envie de lui parler, mais je ne sais quoi lui dire.


J'avais honte, je rougissais, mais son regard se baissait juste pour reprendre son souffle, et il continuait avec l'insistance du premier instant.

 
J'étais au bord de la rupture, j'étais au bord du déclin, j'étais au bord, j'étais au bord. Étais-ce moi qu'elle attendait? Réussirais-je à formuler quelque chose d'audible, de compréhensible. J'appréhendais, mais je pouvais deviner son regard derrière les lunettes noires qu'elles venaient de mettre. Elles lui moulaient le visage. C'était le moment bonheur. Elle allait poser pour moi. elle m'imaginait peut-être peintre, et voulait se faire immortaliser.

Elle était gracieuse et magique. C'était à cet instant précis le chef d'oeuvre des créatures mortelles.

J'allais en DUEL.

Combat perdu d'avance, je sentais le sol se dérober sous mes pieds, je ne pouvais rien, je ne bougeais plus, j'étais pétrifié, j'avais jamais connu cela. C'est horrible et détestable comme sensation.

Son sourire m'illuminait, j'ai senti que c'était le dernier car elle se levait, elle partait, elle allait passer devant moi, je n'allais rien pouvoir dire.


Quelle honte!
  

Elle passait maintenant devant moi, elle me souriait. Elle jouait. Elle s'amusait de ma bêtise.
Et là, un geste humain, stupide certes mais humain j'ai tenu son bras, je l'ai retenu, je l'ai regardé droit dans les yeux, j'avais rien à lui dire, mais ce geste me procurait du bien. Elle l'a compris.

Nos regards ont duré l'espace d'une seconde. La plus longue et la plus lumineuse de tous mes printemps. Elle ne m'a rien dit, elle a dégagé son bras avec douceur. Elle s'est retournée, elle est partie avec une partie de moi.


............


Quelques années plus tard, je l'ai revu. Au même endroit. Cette fois, elle me souriait. Il n y avait que quelques centimètres de haut qui nous séparait. C'était une petite tête grise. C'était elle, c'était moi
 
GJT, Juin 2009,

Par GJT
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